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Finances chapitre 2

L’un des concepts les plus complexes, que nous mettrons des années à intégrer, c’est celui de “capital”, de “capital social”. Ce simple mot, quelques années plus tôt nous aurait fait fuir au bout du monde.

 

 

Le capital évoquait pour nous des notions qui nous étaient plus étrangères les unes que les autres : le capital, celui de Karl Marx, dont tout le monde parle sans l’avoir lu, le capital honoré par les communistes, et puis le capital des capitalistes, la dictature de l’argent, l’injustice faite aux pauvres, à ceux qui sont nés sans patrimoine familial, à ceux qui n’ont pas “hérité”... enfin, rien de plaisant dans tout ça. Quelque chose à mi-chemin entre la saleté et le danger.

      Quelle connaissance avions-nous alors de l’argent ? Celle que peut en avoir un salarié, fils de salarié, parfois de fonctionnaire. Le salaire tombe à la fin du mois, il est réparti entre les dépenses incompressibles, les dettes, et les économies pour les vacances. Quand il ne suffit pas, on se serre la ceinture le mois suivant... et c’est à peu près tout.

      Avec notre petite, toute petite coopérative agricole, nous n’étions pas dépaysés, la différence n’était pas bien grande. Le passage en SCOP n’allait pas changer la donne fondamentalement. Mais le problème allait se poser très vite, avec les épices en particulier. Comment faire pour constituer un stock d’épices ? Ces produits viennent des pays tropicaux, de loin donc ; il faut acheter des containers entiers, et les payer bien souvent dès qu’ils quittent le port du pays producteur. Il faut donc emprunter. Mais les banques refusent de prêter sans garantie. Il faut du Capital, du capital social, c’est à dire des actionnaires, qui confient à la société des fonds dont ils n’ont pas un besoin immédiat, qui leur vient de l’épargne qu’ils ont réalisée, ou d’un héritage, pour le faire fructifier.

      En SCOP, les règles concernant le capital sont telles que l’on atteint rapidement les plafonds, seuls les salariés peuvent devenir actionnaires, on ne va pas bien loin. Il faut donc transformer les statuts, “passer en société anonyme”, en SARL. Ensuite trouver des actionnaires, constituer le capital social, et par effet de levier, obtenir des prêts bancaires.

      Au moment où arrive le premier container d’épices de Madagascar, nous sommes encore en SCOP, nous ne pouvons pas faire grossir le capital, et le bateau sombre presque lorsque le banquier nous refuse le prêt bancaire...

 

Donc nous “passons en SARL”, nous dissolvons la SCOP, sans boni de liquidation puisque l’année n’avait pas été très bonne, et nous ouvrons notre capital. 

Pour cette fois, ce sont encore les trois F qui nous sauvent ; les Family, Friends, and Fools, (ou les trois C : les Cousins, les Copains, et, enfin, les Cinglés). Jean-Marc Berthaud, notre “armateur/amateur”, Garrigues, les Cigales, le père de Bernard... Nous passons le Cap (de Bonne Espérance, bien sur !)

Et nous découvrons les conséquences : le capital, dans une société, le fait de détenir une part du capital, donne du pouvoir. Celui de voter en Assemblée générale, d’approuver ou non les comptes de l’année écoulée, de nommer ou de révoquer le gérant...

 

Les années qui suivent le passage en SARL sont des années assez faciles au point de vue des finances. Le chiffre d’affaires augmente régulièrement, c’est une période de relatif équilibre. En 1995, un référencement en grande surface va nous conduire à accélérer notre évolution.