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Plantes bio

 

Les plantes médicinales et les épices issues de l'agriculture chimique sont soumises aux mêmes règles que les autres produits agricoles à destination alimentaire, ce qui signifie qu’il n’y a pas de restrictions spécifiques concernant ces productions en matière d’utilisation d’engrais, de pesticides ou d’herbicides pendant la culture, par exemple. Le législateur n’a pas prévu de lois spéciales pour les plantes médicinales, même si elles sont cultivées dans un but thérapeutique.

Pour les plantes cultivées, le cahier des charges de l’agriculture biologique considère les plantes et les épices comme toute production agricole. Ce qui signifie que tout apport ou traitement issu de la chimie de synthèse est prohibé, à tous les stades de la culture.

Bien évidemment, certaines espèces, lorsqu’elles sont récoltées à l’état sauvage, sont de fait indemnes de tout traitement avant récolte. Les aires de récoltes sont contrôlées quant à leur localisation et aux voisinages potentiellement problématiques au moment du contrôle d’Écocert.

Mais la différence entre les deux modes de production ne s’arrête pas là. Les plantes et les épices sont des produits vivants, odorants, qui attirent lorsqu’ils sont séchés nombre de parasites : mites, charançons, etc. En “conventionnel”, les fumigations d’insecticides pendant le stockage, sur les produits secs, sont autorisées et utilisées, même si des progrès ont été effectués ces dernières années pour interdire l’usage de certaines substances tellement nocives qu’elles avaient déjà été interdites pour les produits alimentaires (blé, farines...), mais étaient restées cependant autorisées sur les plantes et les épices.

De même, l’irradiation appelée aussi ionisation, est autorisée en Europe sur certaines plantes et épices, et les structures en charge du contrôle reconnaissent que bien souvent l’irradiation n’est pas indiquée sur l’étiquette du produit concerné par ce traitement, comme la loi le prévoit.

Enfin les contenants des plantes et des épices ne sont pas surveillés eux non plus. Les premières vanilles cultivées en bio à Madagascar se sont révélées polluées par des insecticides, non parce que les paysans malgaches avaient utilisé un produit prohibé, mais parce que les couvertures de laine utilisées pour la fermentation des gousses étaient elles-mêmes traitées contre les insectes. 

Lorsque nous avons commencé de produire des plantes médicinales en 1985, nous nous moquions des sociétés qui, souhaitant se dispenser d’obtenir la certification agriculture biologique, prétendaient garantir que leurs plantes étaient exemptes de pesticides en montrant des analyses. Nous savions bien que les laboratoires n’étaient pas en mesure de détecter la totalité des molécules utilisées. Nous préférions choisir l’agriculture biologique certifiée et faire analyser certains lots qui nous paraissaient susceptibles de poser des problèmes de résidus, du fait du lieu de production : produits venant d’Inde, ou d’un producteur voisin d’une vigne par exemple.

Depuis 4 ou 5 ans, plusieurs phénomènes sont venus modifier notre approche :

– nos clients, et en particulier les professionnels de l’industrie agroalimentaire, sont devenus plus exigeants, car ils sont eux-mêmes confrontés aux exigences de la grande distribution, par exemple, à ce sujet. La certification « Agriculture biologique » ne leur suffit plus. Ils exigent très souvent des résultats d’analyse sur le lot qu’ils achètent.

– nous avons pris conscience que les zones de récolte de plantes à l’état sauvage pouvaient elles aussi être polluées. Malheureusement, il peut se produire par exemple qu’un troupeau de moutons, dont la laine a été traitée avec un insecticide, passe un jour de pluie sur une garrigue de thym qui sera récolté le lendemain.

– les laboratoires d’analyse ont amélioré de façon très nette leurs capacités à détecter les polluants. Les analyses sont capables de rechercher maintenant 400 molécules chimiques, et parviennent à les détecter, même à l’état de simples traces. En particulier, elles peuvent montrer qu’un champ a été pollué par un agriculteur voisin, alors même que le producteur en titre a parfaitement respecté le cahier des charges de l’Agriculture Biologique.

Historiquement, la première plante à avoir posé ce problème est le cumin : pendant plus d’une année, il a été impossible de trouver dans le monde du cumin certifié biologique, accompagné d’une analyse approfondie ne détectant aucune trace de pesticides. Face à cette problématique, nous avons pris conscience que le danger était très grave : les contrôles effectués par les organismes officiels (Écocert par exemple) n’étaient plus suffisants pour garantir l’absence de résidus dans les productions issues de l’agriculture biologique. Les pollutions accidentelles (voisinage, emballages, etc.) étaient bien trop nombreuses. Nous avons donc choisi de contrôler la totalité de nos lots et de confier nos analyses au plus performant des laboratoires. Le résultat est qu’un certain nombre de lots de plantes ou d’épices ont été rejetés parce que des résidus de pesticides y ont été détectés. Ces dernières années ont donc été très problématiques : notre clientèle, exigeante de bon droit sur ce critère de qualité, ne pouvait pas concevoir que des plantes ou des épices commercialisées avec le logo AB contiennent des pesticides, même à l’état de traces, mais n’admettait pas non plus que nous soyons en « rupture de stock » alors que certains de nos concurrents continuaient de proposer du cumin, ou d’autres plantes.

Aujourd’hui, la situation est toujours difficile, l’emploi des pesticides n’est pas en régression, et les traces que nous détectons sont très souvent dues aux techniques culturales de son voisin. Une parcelle entourée de forêt et de taillis sur trois de ses côtés peut se trouver polluée par le traitement effectué sur une toute petite parcelle de vigne même pas mitoyenne, mais située à 200 mètres… !!!  Et l’analyse révèle que c’est bien un produit de traitement de la vigne qui a été trouvé !

Aujourd’hui, nous analysons la totalité des lots que nous utilisons : plus de 80% de ces lots sont totalement exempts de pesticides. Nous sommes obligés de rejeter ? % des lots, même si le producteur n’est pas du tout en cause et que nous en avons la preuve. Ces analyses recherchent 400 molécules et coutent plus de 200 euros l’unité. Nous achetons environ ? lots par an.

Nous participons à l’opération Securbio (http://www.agroperspectives.fr/post/SecurBIO-un-outil-de-mutualisation-d-analyses-qualite-en-bio), lancée par le Synabio.  Cet outil permettra à terme de dresser un panorama des problématiques rencontrées en agriculture biologique et de proposer des pistes d'amélioration. Un guide de préconisation est en cours d'élaboration.

La situation reste préoccupante. Les agriculteurs qui « passent en bio » à l’heure actuelle, sur des parcelles de terre dont le voisinage est soit en friche, soit en bio, se retrouvent parfois quelques années plus tard dans une situation quasi ubuesque : en effet, la vente du vin est à nouveau en croissance dans le sud de la France, grâce en particulier au marché chinois. Et à nouveau, les parcelles voisines des leurs sont remises en culture, en chimie, sans possibilité de se défendre… Il est urgent que les pouvoirs publics interviennent pour protéger les cultures certifiées bio, sur le modèle de la procédure «quomodo et inquomodo», par exemple.