cueillette du cynorrhodon

Medhi Bozendorf est cueilleur de cynorrhodon à la SICARAPPAM, la coopérative de cueilleurs (et cultivateurs) du Massif Central avec laquelle nous travaillons pour bon nombre de PAM (plantes aromatiques et médicinales) depuis 1998. Cette filière est labellisée Biopartenaire, c’est-à-dire que – entre autres – nous sommes engagés sur une durée de 3 ans renouvelables avec des volumes et des prix fixés ensemble, en amont.

Portrait d’un cueilleur – et pas n’importe lequel ! – qui nous relate la cueillette de ce petit fruit rouge si précieux.

La cueillette du cynorrhodon : rencontre avec Medhi

Medhi Bozendorf, ou « Monsieur Cynorrhodon »

Medhi est Monsieur Cynorrhodon à la SICARAPPAM. Il s’est spécialisé dans cette cueillette et il est devenu le plus gros cueilleur de cynorrhodons de la SICARAPPAM, avec 400 kg de petits fruits frais cueillis chaque année, soit 200 kg une fois séchés.

Voilà 10 ans que Medhi exerce ce travail. Il a découvert la SICARAPPAM grâce à des collègues cueilleurs, et il a commencé avec l’aubépine, le frêne et le hêtre. Aujourd’hui, Medhi est aussi salarié sur une exploitation viticole, et il ne lui reste plus qu’un peu de temps en fin d’automne, pour récolter des plantes sauvages : cette période coïncide avec la cueillette du cynorrhodon.

« Je ne fais plus que ça, après les vendanges, et avant la reprise de l’activité de taille de la vigne. Ça permet d’arrondir mes fins de mois ! ».

Le cynorhodon, (faux) fruit de l’églantier

Cynorrhodon (ou cynorhodon avec un seul “r“, c’est ok aussi) est le drôle de nom du fruit d’un petit rosier sauvage, l’églantier, encore assez répandu dans nos campagnes. Cette baie rouge est aussi appelée “poils à gratter“ ou “gratte-cul“ à cause des poils irritants qu’elle contient.

le cynorrhodon, fruit de l'aglantier
Rosa canina, l’églantier sauvage et ses petits cynorrhodons Crédits Photo ©Max Beaufey

Le terme cynorrhodon désigne plus généralement les fruits de tous les rosiers (genre Rosa de la famille des Rosacées), mais dans notre cas on parle bien de l’églantier, le rosier sauvage.

Pourquoi parle-t-on de « faux » fruit ?

Botaniquement parlant, le fruit est issu du développement de l’organe sexué femelle de la plante (les carpelles) ; pour l’églantier, les “vrais-fruits“ sont les poils urticants (et la petite graine au bout) ; ici il y a un autre organe de la plante qui s’est développé suite à la fécondation : la base de la fleur (qu’on appelle réceptacle). C’est elle qui donne toute la partie charnue, rouge, comestible, de la baie. L’ensemble est appelé « faux-fruit ».

Une vraie gourmandise !

Le cynorrhodon est réputé riche en vitamines C et B.

Il se consomme en hiver, après les 1res gelées (c’est à ce stade qu’il devient pulpeux). Notre cueilleur Medhi s’en régale pendant toute sa cueillette : consommé immédiatement, au pied de l’arbre, c’est toujours meilleur ! On peut également en faire des confitures.

« C’est vraiment une gourmandise » relate Medhi, qui a trouvé sa technique : il presse le fruit entre 3 doigts et parvient à en extraire la pulpe délicieuse, sans les pépins.

« C’est comme un bonbon Arlequin acidulé ».

Chaque année au mois de novembre, Medhi profite de la cueillette pour se faire une cure vitaminée bienvenue !

Une récolte hivernale et piquante

Comme beaucoup de cueilleurs de la SICARAPPAM, Medhi cueille ses plantes autour de chez lui, dans le Massif-Central. Le cynorrhodon lui prend 30 à 40 jours, en novembre-décembre. Medhi attend que les fruits soient bien rouges, et c’est parti !

le cynorrhodon peut être récolté
Des fruits bien rouges ? L’heure de la cueillette a sonné pour Medhi ! Crédits Photo ©Max Beaufey

Son équipement ? Un sac à dos derrière, un petit panier de récolte devant, suspendu grâce à un harnais de débroussailleuse. Et une paire de lunettes :l’églantier est épineux, et la sécurité des yeux est primordiale pendant la cueillette.

Medhi cueille le cynorrhodon à la main
L’équipement du cueilleur de cynorrhodon : un panier à l’avant… Crédits Photo ©Max Beaufey
Medhi cueille le cynorrhodon avec peu de matériel
... un sac à dos à l’arrière... Crédits Photo ©Max Beaufey
Medhi cueille le cynorrhodon avec peu de matériel
... et la paire de lunettes indispensable pour protéger les yeux ! Crédits Photo ©Max Beaufey

En revanche, Medhi ne porte pas de gants ; ceux-ci lui éviteraient les 20 à 30 min passées chaque soir à se retirer les épines des mains, mais « avec des gants, on n’a pas le toucher nécessaire», explique-t-il.

« Je cueille une dizaine de cynorrhodons que je cale dans le creux de chaque main, avant de les vider dans le panier, ça m’évite des allers-retours incessants entre l’arbuste et le panier ; avec des gants, ce serait impossible ».

Medhi cueille le cynorrhodon à la main
La cueillette de cynorrhodons nécessite un doigté fin ; avec des gants, c’est trop compliqué. Crédits Photo ©Max Beaufey

Medhi cueille entre 25 et 30 kg de baies fraîches chaque jour. Son panier en contient 3 à 3,5 kg une fois plein, puis est vidé dans le sac à dos. Et quand le sac à dos est plein à son tour (2 paniers suffisent !), il est temps de retourner à la voiture pour remplir un sac plus gros encore.

medhi met le cynorrhodon dans un sac pour l'apporter chez lui
Retour à la voiture pour vider le petit panier de récolte dans un plus gros sac. Crédits Photo ©Max Beaufey

Chaque soir la récolte est étalée dans son séchoir (voir plus bas). Et rebelote le lendemain !

Bien choisir ses sites, bien choisir ses fruits…

Pour trouver des sites préservés, « on a un œil qui cherche » dit Medhi ; tous les cueilleurs développent cette capacité à toujours être à l’affût, même inconsciemment, et repérer les zones les plus propices pour leurs futures cueillettes.

Les cueilleurs ont toujours “un oeil qui cherche !
Les cueilleurs ont toujours “un oeil qui cherche ! Crédits Photo ©Max Beaufey

Ensuite, comme pour toutes les récoltes sauvages, les organismes certificateurs de l’agriculture biologique demandent avant cueillette la position GPS de tous les sites identifiés ; ceux-ci ne peuvent être au bord d’une voie ferrée, d’une autoroute. Chaque année, quelques sites sont contrôlés au hasard ; en plus des informations disponibles sur les cartes topographiques, le contrôleur vient vérifier sur le terrain qu’il n’y a pas sur site ou à proximité une source de pollution potentielle.

Le choix des fruits ? « Il y a plusieurs variétés, explique Medhi.

Je trouve des fruits parfois très allongés, d’autres fois des gros, ou des très petits. Je choisis ceux qui paraissent bien fournis, visuellement. Plus les fruits sont gros, plus je peux remplir vite mon panier ! Mais le plus important, c’est la couleur : je ne commence la cueillette que lorsque les fruits sont bien rouges ».

Dans le panier du cueilleur : une sélection des fruits les plus charnus rencontrés
Dans le panier du cueilleur : une sélection des fruits les plus charnus rencontrés Crédits Photo ©Max Beaufey

Après la récolte, séchage chez le cueilleur…

Le séchage fait partie intégrante du travail du cueilleur, et chaque cueilleur a son propre séchoir. Medhi a construit le sien sur un ancien châssis de caravane, et en est plutôt satisfait. A tel point qu’on lui envoie parfois de futurs postulants-cueilleurs qui veulent s’équiper, pour qu’ils voient son installation.

Chaque soir, Medhi étale sa récolte du jour dans des cagettes, mises au séchoir, mais la ventilation proprement dite ne sera déclenchée qu’au bout du 10e jour, pour économiser quelques jours où le séchage “naturel“, sans ventilation électrique ni réchauffeur suffit.

Au 10e jour, en plus de  la ventilation de l’air, un système de chauffage monte la température à 28°C ; c’est un maximum : au-delà, les baies risquent de noircir.

Le choix des fruits ? « Il y a plusieurs variétés, explique Medhi.

Je trouve des fruits parfois très allongés, d’autres fois des gros, ou des très petits. Je choisis ceux qui paraissent bien fournis, visuellement. Plus les fruits sont gros, plus je peux remplir vite mon panier ! Mais le plus important, c’est la couleur : je ne commence la cueillette que lorsque les fruits sont bien rouges ».

De retour chez lui, Medhi étale les fruits dans des cagettes”
De retour chez lui, Medhi étale les fruits dans des cagettes Crédits Photo ©Max Beaufey
Puis il les met au séchoir : un caisson ventilé
Puis il les met au séchoir : un caisson ventilé Crédits Photo ©Max Beaufey

Le séchoir va ensuite tourner en continu pendant environ 40 jours, jusqu’à ce que la dernière récolte de cynorhodon soit bien sèche, soit environ 20 jours après.

Je sais que les fruits sont bien secs quand ils sont bien durs, et cassent si je les presse entre mes doigts.

Les fruits secs seront livrés à la SICARAPPAM.

Les fruits après séchage
Les fruits après séchage Crédits Photo ©Max Beaufey

Chaque cueilleur s’engage sur une certaine quantité. Cette année 2021, les cynorhodons se sont faits plus rares ; était-ce le résultat des gelées tardives de printemps ? Medhi s’était engagé sur 200 kg en sec, et il a tout de même pu en livrer 188 kg à l’automne 2021, mais c’était un défi. Début décembre, il devait reprendre la taille de la vigne, sa “saison“ de cueillette était déjà terminée, et son objectif atteint !

… enfin, mondage, calibrage puis mise en sac à la SICARAPPAM !

Les cynorrhodons secs livrés à la coopérative par les cueilleurs sont passés à la mondeuse pour enlever les petites feuilles, les petites brindilles ou autres débris et corps étranger.

Ils passent ensuite au “sasseur“ pour être calibrés, puis mis en sacs. Ils sont alors prêts à être distribués chez les différents utilisateurs, dont Arcadie.

ensemble convoyeur-mondeuse-sasseur
Les outils utilisés à la SICARAPPAM après séchage et livraison par les cueilleurs : un convoyeur (rouge et gris) fait monter la récolte, qui descend ensuite dans la mondeuse (vert foncé) puis passe dans le sasseur (vert clair). Crédit photo ©SICARAPPAM
mondeuse
La mondeuse, aussi appelée Effeuilleuse par soufflerie, ou encore Séparateur pneumatique, permet de séparer les éléments légers des éléments plus lourds grâce à un système de ventilation ; pour les cynorrhodons, cela permet de retirer les éventuelles feuilles (légères) mélangées aux fruits (plus lourds) Crédit photo ©SICARAPPAM
sasseur
Le sasseur, ou “trieur”, ou “crible” permet de calibrer la récolte, via des tamis successifs ; dans le cas du cynorrhodon, les trop petites baies, graines et baies cassées sont ainsi mises de côté, ainsi que d’autres indésirables éventuels Crédit photo ©SICARAPPAM

Et côté Arcadie / L’Herbier de France ?

Préparé en décoction, il apporte une touche acidulée très appréciable à votre tisane.

Vous pouvez aussi le réhydrater en le faisant tremper dans de l’eau pendant 48h pour le savourer tel quel.

Rien ne vaut le cynorrhodon frais, mais pour en profiter toute l’année, le séchage est précieux !

Arcadie a besoin de 400 kg de cynorrhodon (poids sec !) chaque année, et s’approvisionne exclusivement à la SICARAPPAM.

Sauf en 2021 qui a été un peu particulière (une année où les besoins en « vitalité » ont été sur-multipliés ?) : les besoins sont montés à 500 kg et Arcadie a dû trouver exceptionnellement un complément chez un autre fournisseur (français).

Le cynorrhodon se retrouve dans 2 produits L’Herbier de France. Il constitue 30% du mélange “Vitalité“ sous forme de morceaux, dans lequel il rejoint l’hibiscus, le cassis et le thym. Et il peut être consommé en “pur“ en fruits entiers.

Place du cynorrhodon à la SICARAPPAM

A la SICARAPPAM, une vingtaine de cueilleurs s’est engagée sur du cynorrhodon en 2021, destiné à l’herboristerie ou à la cosmétique. Ce cynorrhodon est proposé sous deux formes : en baie entière (c’est ce qu’achète Arcadie pour ses tisanes) et en baie éclatée : sans les graines et les poils contenus à l’intérieur.

Seul Medhi est “mono plante“, la plupart des autres cueilleurs réalisent leur chiffre d’affaires avec des plantes récoltées surtout au printemps-été voire début d’automne.

En 2019 et 2020, les besoins de la SICARAPPAM n’étaient pas suffisants pour que cela soit intéressant pour Medhi : il n’a pas cueilli. Entre le coût de la certification bio, le temps passé, et le coût de fonctionnement du séchoir, Medhi ne cueille que pour un minimum de volume…

En 2021, la demande a augmenté (la SICARAPPAM avait besoin d’environ 850 kg de baies sèches), et Medhi a repris sa cueillette, s’engageant pour 200kg.

Puisse cet article vous permettre de vous relier à Medhi, et à ses collègues, au moment de savourer cette précieuse petite baie rouge, au goût acidulé. Et de vous relier aussi aux grands espaces de nature parcourus par Medhi pour cueillir les baies.

« Je viens des Ardennes, un pays de nature, et je suis plutôt un solitaire. Passer des journées seul à cueillir, en pleine nature, est globalement un grand plaisir pour moi, d’autant plus que ça me procure un complément de revenu appréciable. En revanche, c’est beaucoup moins drôle quand il pleut, qu’il fait très froid… ou quand je ne trouve pas ce que je veux. Quand je rentre d’une journée sans avoir pu cueillir autant que je le voulais, c’est plus difficile ! »

Au-delà de sa richesse nutritionnelle, la précieuse petite baie rouge porte toute cette histoire, toute cette nature, l’histoire des cueilleurs, et la nature du Massif Central.

églantier à l'état sauvage
Des grands espaces de nature autour de Medhi, cueilleur de cynorrhodons Crédits Photo ©Max Beaufey

Auteure de l'article : Cécile Defèche

Agronome de formation, je suis responsable de la ferme d’Arcadie qui englobe l’activité agricole sur les plantes aromatiques et médicinales et la gestion des espaces de “terre libre” autour des bâtiments industriels. Pas peu fière de travailler dans une entreprise qui prend autant soin de la terre (la Terre) et de la vie… Ma casquette de communicante me permet aussi de vous informer, de la manière la plus transparente possible, des belles avancées d’Arcadie et de ses partenaires… (et quand il y en a, aussi des bugs de passage). Célébrer la beauté du monde, la vie et… la préserver !!

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