La cueillette des feuilles de vigne rouge en automne

La cueillette des feuilles de vigne rouge en automne

C’est la saison : les feuilles de vigne virent au jaune, orange, voire rouge vif… La vigne se prépare au repos hivernal, et le cueilleur, lui, s’active ! Pour Arcadie, les feuilles de vigne rouge sont récoltées par les cueilleurs de la SICARAPPAM, coopérative du Massif Central. Au début de l’automne, ces cueilleurs descendent dans le sud pour trouver des parcelles qui leur conviennent. Et commence cette belle aventure qu’est la production de feuilles de vigne rouge…
Retour de nos échanges avec un cueilleur de la SICARAPPAM, et partage d’expérience sur la ferme d’Arcadie.

Trouver les bonnes vignes rouges et les viticulteurs

Toutes les vignes ne conviennent pas : les cueilleurs recherchent d’abord celles aux cépages dits “teinturiers“, riches en anthocyanes, responsables de cette couleur rouge.
Le cépage Alicante est le 1er en lice. D’autre cépages, non teinturiers, peuvent, selon les années, prendre des nuances de rouge des plus intenses, et convenir eux aussi : le Carignan, l’Aubin notamment.
Une fois la parcelle repérée (en bio bien sûr), les cueilleurs de la SICARAPPAM doivent trouver son propriétaire. Et s’arranger avec lui. Le lien avec le viticulteur est essentiel. La plupart du temps, une fois la récolte de raisin terminée, celui-ci est plutôt focus sur ses vinifications, et laisse les cueilleurs – qui se montrent respectueux – récolter les feuilles de vigne. Et puis entre cueilleurs du Massif Central et viticulteurs, la convivialité aux notes gastronomiques (bien française) renforce les liens. « En signe de reconnaissance, on achète du vin et on descend du fromage ! » raconte un cueilleur de la SICARAPPAM.

VIGNE ROUGE
Le cépage teinturier se démarque nettement des autres parcelles alentour ©photo Max Beaufey

La récolte des feuilles de vigne rouge

Tout est récolté manuellement : sarment par sarment, les cueilleurs tirent de la base à l’extrémité pour avoir toutes les feuilles, pétioles compris.
Une fois les feuilles cueillies, elles peuvent attendre, étalées sur une bâche, entre 2 et 3 jours maximum ( la feuille de vigne, assez coriace, peut se permettre d’attendre un peu sans risquer de moisir. Ce n’est pas le cas de l’ail des ours par ex, gorgé d’eau, qu’il faut traiter immédiatement après cueillette.)
Ensuite les cueilleurs doivent remonter chez eux s’en occuper au plus vite.
La récolte est très aléatoire, et dépendante de la météo.

La période de récolte est elle-aussi variable. C’est le froid qui fait rougir les feuilles. Plus les périodes de froid arrivent tôt dans la saison, plus la feuille de vigne va être prête à récolter tôt… et ensuite, la pluie va décider de la durée de vie de ces feuilles rouges !

« Certaines années, les parcelles sont superbes et annoncent une très belle récolte. Mais il suffit qu’il pleuve au mauvais moment et les feuilles noircissent presque immédiatement : elles ne sont plus récoltables ! En 2019, les parcelles étaient magnifiques. Avec un collègue, on en a récolté 800 kg, mais fin octobre un gros orage a fait noircir les feuilles en 2 jours. Alors qu’on aurait pu récolter le double !
vigne rouge
Thibaut Marty, cueilleur de la SICARAPPAM, tire tout le long du sarment pour en récupérer toutes les feuilles, pétioles compris. ©Photos Max Beaufey
vignerouge sur bâche après récolte
Les feuilles de vigne sont temporairement étalées sur une bâche au fur et à mesure de la récolte ©Photos Max Beaufey lors d'une rencontre avec les cueilleurs

Le traitement post-récolte de la vigne rouge

De retour dans le Massif Central, les feuilles cueillies avec leur pétiole sont passées au hache paille (coupées en morceaux) puis mises au séchoir. Ces deux étapes sont réalisées chez les cueilleurs.
Arcadie a certains critères de qualité pour ses feuilles de vigne rouge : celles-ci doivent être aux 2/3 rouges et max 1/3 vertes ; sans pétiole ni tige. D’où la dernière étape du processus, qui se passe, elle, à la SICA : le passage à la mondeuse. Celle-ci trie le produit sec, avec d’un côté les bouts de feuilles et rien qu’eux, de l’autre les morceaux de pétioles, tiges, et quelques feuilles.
Le premier produit, les feuilles, est la qualité « Herbo ». Elle répond au cahier des charges d’Arcadie, à qui elle est destinée, et où elle est valorisée <Link 3 https://www.arcadie.fr/commerce-equitable/>Commerce Equitable Biopartenaire®. </link3> C’est cette qualité que vous retrouvez dans les sachets de feuilles de vigne rouge L’Herbier de France.
Le reste (feuilles restantes, pétioles, sarments) est valorisé auprès d’autres acheteurs pour des mélanges pour infusettes par exemple.

vigne rouge Alicante
La vigne rouge Alicante de la ferme d’Arcadie se découpe nettement en octobre sur fond de Cévennes… ©Photos Cécile Defèche

La vigne rouge à la Ferme d’Arcadie

Nos terres produisant le cépage Alicante

A la ferme d’Arcadie, nous avons 1 ha de vigne rouge sur 2 parcelles. Cépage Alicante, plantée en 2011, pour l’expérimentation de la production de feuilles. Nous n’avons pas toujours eu le temps nécessaire de nous occuper des parcelles comme il aurait fallu, et ce n’a pas toujours été évident de gérer une culture dont nous valorisons les “sous-produits“ : la vigne domestique reste avant tout une plante cultivée pour ses raisins ! Comment trouver un juste équilibre entre production de raisin et de feuilles ? Quel mode de taille pour favoriser les feuilles ? Quelle rentabilité d’une telle opération ? Quelles interventions sont les plus appropriées pour l’équilibre de la vigne à long terme ? Des questions qu’on continue à se poser aujourd’hui !
Cette vigne nous a également permis de produire du jus d’un rouge violine puissant, qui a d’abord régalé les Arcadiens (aussi en des vendanges joyeuses !), puis vendu dans une petite épicerie bio locale. Du pur jus Alicante, ça ne court pas les rues !

Expérimentations sur les parcelles du cépage Alicante

Nous avons également expérimenté un mode de récolte différent de celui de la SICARAPPAM, avec un tri réalisé directement à la parcelle : seules les belles feuilles sont récoltées (ce qui permet aussi de ne pas effeuiller toute la vigne), sans pétiole, et vont ensuite directement au séchoir sans autre intervention. Dans les locaux de transformation d’Arcadie, ces feuilles entières seront plus tard recoupées à un calibre optimal, avant d’être conditionnées dans les sachets Herbier de France.
D’autres essais devraient voir le jour pour la suite : une de nos parcelles a été plantée avec des écartements très importants entre les rangs. A l’époque, ces entre-rangs ont pu accueillir une culture de thym. Cette culture de thym a pris fin il y a 4 ans, la terre laissée au repos, et le projet de remettre ces inter-rangs en culture revient. Pour de nouvelles observations en perspectives : sur une telle association en agroforesterie*, quelles sont les interactions entre la vigne (plus haute) et la plante aromatique voisine (plus basse) ? Quels avantages, quels inconvénients ? comment faire pour que les interventions sur une des cultures (par ex. les traitements – bio – sur vigne) n’entravent pas la qualité de l’autre ?

vigne rouge au séchage
Les feuilles rouges de la ferme d’Arcadie, triées au champ, sont mises telles qu’elles au séchoir et ne subiront pas d’autre opération si ce n’est une découpe pour calibrage dans les locaux d’Arcadie, avant conditionnement ©Photo Cécile Defèche
vigne rouge agroforesterie
La vigne de la ferme a été plantée avec de très larges inter-rangs où a été cultivé du thym. Après un temps de repos, une autre culture devrait suivre ; on parle déjà d’association en agroforesterie ©Photo Cécile Defèche

Pour finir, retournons voir nos partenaires de la SICARAPPAM : après la vigne rouge, la saison des cueillettes n’est pas encore finie : viennent ensuite celles de joubarbe (cherchez pas, c’est pas pour Arcadie, on n’en a pas au catalogue), de thym et de gentiane, avant le repos hivernal bien mérité !