Culture d’origan sur les terres d’Arcadie, printemps 2021.

ORIGAN CULTIVÉ, ORIGAN SÉCHÉ, ORIGAN TRIÉ !

L’origan, Origanum vulgare, est cultivé surtout dans la région méditerranéenne. Notre origan français (68% des volumes achetés en 2021, soit 9,2 tonnes) provient d’Occitanie et d’Ardèche. Le reste (4,3 tonnes en 2021) venait de Grèce. Pour 2022, nous allons réussir à atteindre 100% de nos achats d’origan en France. 

Après avoir plongé dans la botanique de l’origan, rapprochons-nous des producteurs qui le cultivent, avec 2 exemples concrets dans le Gard : les terres cultivées d’Arcadie (St Etienne de l’Olm) et les cultures de Hervé Béchard, producteur au sein du groupement BGM sur le bassin versant de la source Perrier (Vergèze).

Hervé Béchard dans une de ses parcelles d’origan

Hervé Béchard dans une de ses parcelles d’origan, à Vergèze (30), oct. 2021.

18 ha cultivés, 21 producteurs et presque 11 tonnes produites en France pour Arcadie

La majorité de notre origan provient de 9 producteurs de BGM (Bio Garrigue Méditerranée) qui en cultivent 15 ha pour une production de 8,5 tonnes une fois séché et trié. Une tonne et demi supplémentaire est produite sur 3 ha, par 11 producteurs de PPAM Ardèche, chacun cultivant de petites surfaces d’origan.

 

Ces 2 filières d’approvisionnement sont labellisées commerce équitable , caractérisé par un engagement entre Arcadie et les producteurs, sur une durée de 3 ans, renouvelable, concernant notamment des prix (rémunérateurs) et des volumes.

 

Sur les terres d’Arcadie, nous avons produit 600 kg d’origan en 2021, sur 0,6 ha. Nous avons également du romarin, de la sarriette, du thym, de la vigne rouge (feuilles) un peu de sauge, quelques essais de calendula (soucis). Cette activité agricole nous permet de garder le lien direct avec les plantes en culture et de partager ce savoir-faire agricole : nous développons aussi la biodynamie, des essais en agroforesterie, du compostage à la ferme, des aménagements pour la biodiversité… Cela nous permet enfin de sensibiliser les Arcadiens et nos partenaires aux questions agricoles et de biodiversité.

Mais que fait-on dans un champ d’origan ?

La plupart de nos producteurs mettent en terre de tout jeunes plants (quelques feuilles) achetés en pépinière. Très peu réalisent eux-mêmes la production des plants, à partir de graines. Après la plantation, et pendant les 2 premières années, un très gros travail de désherbage est nécessaire : tant que la plante n’a pas pris toute sa place, les herbes indésirables peuvent être très envahissantes et gêner la culture. Et en agriculture bio, pas de produits désherbants, uniquement des outils et … des muscles ! Les outils tractés rendent la tâche un peu moins physique, mais la binette, et le travail manuel, restent indispensables surtout les premières années.

Béchard désherbage

Hervé Béchard désherbe sa culture d’origan avant récolte : son tracteur tire un cultivateur (dents métalliques qui travaillent entre les rangs d’origan) et des “doigts kress” en caoutchouc qui viennent au plus près des pieds d’origan sans risquer d’abimer la plante.

Quelques producteurs réalisent des essais de culture sur toile (plastique) pour limiter cette contrainte de l’enherbement. C’est une alternative à l’utilisation d’herbicides (on est en bio !) et cela permet de réduire la pénibilité du travail manuel de désherbage. Mais l’utilisation du plastique n’est certes pas non plus satisfaisante. Certains producteurs ont aussi eu des surprises avec des lots impropres à la consommation car nous y retrouvions des petits morceaux de plastique. Il y a un juste équilibre à trouver et ce n’est pas simple pour les producteurs !

Origan cultivé sur paillage plastique

Origan cultivé sur paillage plastique par un producteur de PAM Ardèche : une autre technique pour limiter la contrainte du désherbage, très forte en agriculture biologique.

La culture est en place pour une durée de 8, 10 ans voire un peu plus encore. Elle commence à produire autour de la 2e voire 3e année : cela signifie aussi que les 2 premières années de dur labeur (de désherbage) ne sont pas récompensées tout de suite par la récolte… il faudra attendre, c’est un véritable investissement !

Jeunes plants d’origan

Jeunes plants d’origan à la plantation. Nov 2020, chez H. Béchard.

Origan de 3 ans sur les terres d’Arcadie

Origan de 3 ans sur les terres d’Arcadie. Les tout jeunes plants se sont bien développés, et la culture a pris de l’ampleur, couvrant désormais tout le rang : les herbes non désirables ont un peu moins de place, et le désherbage sera (un peu) moins chronophage ! Avril 2021.

La culture atteint ensuite un maximum de production pour une durée de 3-4 ans puis décline doucement jusqu’à ce qu’il ne soit plus assez rentable pour le producteur de la garder.

Une parcelle d’origan, en fin de cycle

Une parcelle d’origan, en fin de cycle, qui n’est plus récoltée : l’origan “abandonné” en pleine floraison ! Ferme d’Arcadie, juin 2022.

Ancienne parcelle d’origan

Ancienne parcelle d’origan : les insectes trouvent leur compte dans la multitude de fleurs (sur les parcelles en production, l’origan est récolté avant floraison) ; ici avec un papillon “Azuré de la Bugrane”.

Selon les producteurs, l’espace entre les rangs est soit laissé nu (car plus facile pour intervenir et moins de risques d’envahissement par les herbes) soit couvert : un couvert végétal (semé par le producteur, ou bien spontané) permet de protéger les sols (et la culture) des ardeurs du soleil… ou de la pluie (les fameux épisodes cévenols).

8 inter_rang

Printemps 2022 à la ferme d’Arcadie : le pois fourrager (vert tendre) semé par Yoachim entre les rangs d’origan (vert plus foncé) forme de jolies rayures…

Début d’hiver 2021

Début d’hiver 2021 (5 mois plus tôt !) à la ferme d’Arcadie : le paysage n’est pas le même ! L’origan bruni par le froid hivernal, n’a pas encore repris sa pousse de printemps, et les jeunes pousses de pois, qui ont peiné à lever cette année, sortent à peine entre les rangs..

Entre les rangs, l’enherbement spontané

Entre les rangs, l’enherbement spontané, maintenu “comme il faut”, forme aussi une couverture précieuse pour protéger le sol. Parcelle d’origan d’Arcadie, 2e repousse, juin 2020.

Sur les terres d’Arcadie, nous nous sommes plongés dans l’approche biodynamique depuis 1 an et demi. Favoriser les forces d’enracinement, renforcer le lien de la plante avec son terroir (concerne plutôt les éléments “terre“ et “eau“), et par ailleurs développer aussi l’expression des plantes, leurs qualités plus subtiles, notamment organoleptiques (liés plutôt à la lumière et à la chaleur) ; tel est l’objectif de nos pratiques biodynamiques. Entre terre et ciel, il s’agit de favoriser le juste équilibre de nos plantes cultivées dans un environnement complexe.

préparation biodynamique

Dynamisation d’une préparation biodynamique avant épandage. Ferme d’Arcadie, juin 2021.

Récolte

Comme beaucoup de plantes de la famille des Lamiacées, l’origan est récolté juste avant floraison, au mois d’avril-mai. Il est récolté mécaniquement. Il repousse ensuite depuis le pied, d’autant plus que la saison est humide ou la parcelle irriguée. 

Récolte mécanique d’un origan

Récolte mécanique d’un origan en 3e année de culture à Arcadie. Vue depuis… le tracteur !

Récolte de l’origan : avant, après

Récolte de l’origan : avant, après. La récolteuse “tond” les plants assez bas, l’origan repartira ensuite du pied. A observer également : cette année là (2020), c’est un mélange de céréales qui a été semé entre les rangs ; on aperçoit les pousses d’avoine.

La récolteuse mécanique se remplit

La récolteuse mécanique se remplit progressivement. Il est cependant nécessaire de s’arrêter de temps en temps pour repousser la matière au fond de la remorque, à la fourche, plus délicatement que ne le fait notre bonne vieille “Bonino” !

L’agriculteur pourra réaliser une 2e coupe autour de juin-juillet voire une 3e coupe à l’automne. Les rendements de ces autres coupes sont en général moindres – cela dépend encore une fois de l’accès de la parcelle à l’eau.

A la ferme d’Arcadie, non irriguée, en 2021 la 1re coupe d’une parcelle en pleine production a donné 1 tonne d’origan (séché et trié) pour 1 ha (= une parcelle de 100 m * 100m) et seulement l’équivalent de 250 kg (pour 1 ha) lors de la 2e coupe. Pour cette année 2022, particulièrement sèche, il est probable que nous ne puissions même pas faire de 2e coupe.

Première coupe 2022

Première coupe 2022 sur les terres d’Arcadie. Une année sèche…

Hervé Béchard, à Vergèze, cultive 6 ha d’origan pour Arcadie. C’est la plus grande surface cultivée en origan parmi les producteurs du groupement BGM. H. Béchard a commencé avec 1 ha en 2016, et a augmenté progressivement chaque année. Aujourd’hui il se dit très fier de son origan !

Son système d’irrigation lui permet de réaliser 3 coupes chaque année ! L’année dernière, le gel tardif de printemps a cependant limité sa récolte ; H. Béchard a dû broyer les plantes gelées et attendre qu’elles repartent du pied.

Une des parcelles d’origan d’Hervé Béchard, producteur de BGM, en mai 2022, avant récolte. En arrière plan, l’usine Perrier, qui a imposé l’agriculture biologique sur tout le bassin versant de la source, pour préserver la qualité de l’eau.

Globalement, les producteurs pour Arcadie ne sont satisfaits de leur culture d’origan que s’ils parviennent à réaliser au moins 2 bonnes coupes dans l’année, voire 3. La question de l’accès à l’eau, qui sera forcément limité dans les années à venir, reste cruciale… et posée ! Et la question des prix d’achat toujours à ré-interroger, pour permettre aux producteurs de vivre de leur travail.

Un séchage délicat

Le moment de la récolte est délicat car la plante plutôt fragile en comparaison des thym, sarriette et romarin aux feuilles plus coriaces. L’origan doit être manipulé le moins possible, et être étalé rapidement après récolte dans les séchoirs, puis aéré à la fourche régulièrement. Sinon il risque de noircir et devient invendable.

mis en séchoir

Aussitôt récolté, aussitôt mis en séchoir ; à la ferme d’Arcadie, mai 2022.

Déchargement de la récolteuse dans les séchoirs

Déchargement de la récolteuse dans les séchoirs (Yoachim et Stéphane, à Arcadie) ; l’origan doit être bien réparti sur toute la surface des séchoirs pour assurer un séchage optimal. On évite de trop remplir les séchoirs ce qui risquerait de tasser la matière.

Pour assurer le séchage de son origan, Hervé Béchard a investi dans un grand séchoir l’année dernière. Qui servira aussi pour les autres plantes vendues en herboristerie : il a encore 4 ha de thym, 1,5 ha de thym citron et 3 ha de romarin pour Arcadie !

Hervé Béchard, retourne son origan au séchoir tous les jours.

Hervé Béchard, producteur au sein du groupement de producteurs BGM (Bio Garrigue Méditerrannée), retourne son origan au séchoir tous les jours.

Certains producteurs les plus proches (moins de 20 km) peuvent venir faire sécher leurs plantes aromatiques à la ferme d’Arcadie, s’ils ne sont pas équipés. Il est cependant préférable de s’équiper rapidement et de pouvoir sécher les plantes au plus proche des parcelles.

Battage, tri…

Une fois séché, l’origan doit être battu, puis trié. Le battage est souvent réalisé avec les anciennes moissonneuses batteuses utilisées pour les céréales : un batteur et un contre-batteur permettent de séparer les feuilles des tiges. Cette opération est réalisée par les producteurs directement, mais ceux-ci ont aussi la possibilité d’apporter leur origan séché pour le battre à la ferme.

battage

La plante doit être bien sèche pour que les feuilles se séparent facilement des tiges ; la batteuse est installée en bout de séchoir. Yoachim alimente celle-ci ; les plantes sont battues par un ensemble de batteur / contrebatteur. Trois qualités différentes en sortent : directement dans le big bag sur le côté : les feuilles. À l’arrière : un mélange tiges / feuilles à retravailler, tombant dans la caisse en plastique. Juste au dessus : les tiges, qui constituent des “déchets”.

battage déchets jetés

Les “déchets” de battage (=les tiges) sont stockés dans une remorque attenante. Ces déchets sont transformés en ressource : des matières organiques (compostées si possible) qui retournent dans les champs. Masque réellement nécessaire pour cause de poussières intenses !

Et ce n’est toujours pas fini ; après le battage, suit encore le tri, en général réalisé à Arcadie. Toujours inspiré des outils des céréaliers, c’est une trieuse à grain, avec toute une série de tamis, qui permet, après plusieurs passages, d’arriver à éliminer toutes les impuretés et à parvenir à la qualité requise pour Arcadie.

tri 1

La Trieuse à Arcadie. La matière, déplacée directement en big-bag, est vidée dans l’alimentateur, remonte via un tapis roulant pour redescendre via des tamis successifs, à travers la trieuse.

tri 2

Tri : Aurélien vérifie le bon fonctionnement de la trieuse, le remplissage des sacs de différentes qualités (calibres notamment).

Le cheminement de l’origan dans nos ateliers de transformation / conditionnement sera l’objet du prochain article (mettre en lien l’article en question quand il sera publié). Plusieurs qualités d’origan sortent de la trieuse, dont les usages à Arcadie seront différents. Les brisures trop fines iront dans l’origan à broyer, et les feuilles encore entières recalibrées pour être vendues en origan feuilles.

Et analyses !

L’agriculteur en aura fini avec son origan seulement quand celui-ci aura passé l’étape des analyses validées ; c’est alors seulement que la plante pourra entrer dans les ateliers de transformation / conditionnement  d’Arcadie.

Nous vérifions que le lot ne contient pas de molécules pesticides (600 sont recherchées !), qu’il est conforme en termes de microbiologie (moisissures éventuelles) et, pour certains produits pour lesquels nous le garantissons, sans gluten* !

* “mais que viendrait faire le gluten dans l’origan ?“ me direz-vous ? Chez des producteurs diversifiés qui produisent et des plantes aromatiques et des céréales, des machines communes peuvent être utilisées… et laisser quelques traces d’une production sur l’autre.

Imaginiez-vous que la culture et la préparation des des plantes aromatiques était si technique ? Vous en connaissez désormais un bon rayon ! Et vous allez découvrir la suite de l’aventure de l’origan dans les locaux d’Arcadie dans un prochain article.

Cette culture des plantes aromatiques et médicinales n’est pas le cœur de métier d’Arcadie. Mais il est essentiel pour nous de l’expérimenter sur notre ferme, et cela prend tout son sens lorsqu’on veut développer des filières équitables, de vrais liens avec les agriculteurs. Nous travaillons avec ceux-ci pour améliorer notre qualité globale de production et avons parfaitement conscience que nous ne pourrions pas développer toutes les gammes de plantes et mélanges que nous avons, de cette qualité, sans leur précieux travail, parfois laborieux, avec la terre.

Cecile_Defeche

Auteur de l'article : Cécile Defèche

Agronome de formation, je suis responsable de la ferme d’Arcadie qui englobe l’activité agricole sur les plantes aromatiques et médicinales et la gestion des espaces de “terre libre” autour des bâtiments industriels. Pas peu fière de travailler dans une entreprise qui prend autant soin de la terre (la Terre) et de la vie… Ma casquette de communicante me permet aussi de vous informer, de la manière la plus transparente possible, des belles avancées d’Arcadie et de ses partenaires… (et quand il y en a, aussi des bugs de passage). Célébrer la beauté du monde, la vie et… la préserver !!

Articles de Blog que vous pourriez aimer

Laisser un Commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Facebook
Shopping cart
Il n'y a pas d'articles dans le panier !
Continuer les achats