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Monter une filière en commerce équitable : un long fleuve tranquille ?

Monter une filière en commerce équitable : un long fleuve tranquille ?

Le commerce équitable a le vent en poupe ces dernières années et vous êtes de plus en plus nombreux à déclarer vouloir consommer plus responsable (et aussi à le faire vraiment). Mais savez-vous vraiment comment se passe la labellisation d’une filière équitable ? C’est un travail de longue haleine aux enjeux différents selon la provenance des produits. Explications.

Référentiels, labels : comment s’y retrouver ?

Tous les labels du commerce équitable ne se valent pas, nous vous l’avons expliqué ici (lien vers l’article “la nécessité du commerce équitable”).En effet, le commerce équitable n’est pas une pratique unique. Si tous les labels s’appuient sur des engagements communs (par exemple la recherche d’un prix rémunérateur pour les producteurs), les référentiels (= le cahier des charges précis) diffèrent sensiblement. Les labels appartiennent à des organisations  qui peuvent faire appel à des organismes certificateurs qui doivent s’assurer, au travers d’audits réguliers, que les acteurs engagés dans le partenariat respectent le référentiel . Ils sont les garanties, visibles pour vous, consommateurs, des engagements contractés par les acteurs. Ils peuvent être à l’initiative d’une entreprise privée, d’une association ou de pouvoirs publics. Par exemple, le label Biopartenaire est piloté par une association d’entreprises de la bio), et s’appuie sur le référentiel FFL (FairForLife) si l’on est sur un commerce “Nord/Sud”, ou FiABLE si on est sur un commerce “Nord/Nord”. L’organisme qui se charge des contrôles est Ecocert. Le référentiel FFL appartient à Ecocert, et le référentiel FiABLE à Biopartenaire.

Le commerce Nord/Sud fait référence au commerce entre une entreprise d’un pays industrialisé et des producteurs en voie de développement. Le commerce Nord/Nord se développe entre entreprises et producteurs de pays industrialisés.

Pourquoi décide-t-on de labelliser “équitable” une filière plutôt qu’une autre ?

Une filière, qu’est-ce que c’est ? 

Avant de vous exposer les étapes qui mènent à la labellisation commerce équitable, revenons sur le terme de filière. En effet, pour bien des consommateurs, ce terme peut faire peur car il est souvent associé à l’industrie et à des échelles de travail inhumaines, avec moults intermédiaires. Quand on parle de filière équitable à Arcadie, on est très loin de cette représentation. Pour nous, une filière est une organisation de l’amont (les producteurs) vers l’aval (les transformateurs). Il y a parfois des acteurs intermédiaires comme des collecteurs qui regroupent les productions d’un ensemble de producteurs, mais nous sommes même dans ce cas au contact des producteurs. Dans cette définition de la filière, chaque acteur tient une place indispensable pour le bon fonctionnement et nous travaillons tous ensemble dans un même objectif. Il y a donc l’idée de la transparence derrière une filière équitable.

Pourquoi on ne labellise pas toutes les filières en même temps ?

Vous le verrez dans la partie suivante, la labellisation est un projet qui prend beaucoup de temps. C’est pourquoi il nous est impossible de labelliser toutes nos filières en même temps. Nous devons donc prioriser. La primeur revient aux partenariats historiques. En effet, une relation durable et de confiance se noue après plusieurs années de travail commun. Nous avons donc sondé nos plus anciens partenaires afin de savoir si cette démarche pouvait les intéresser. Il est aussi possible que ce soit notre partenaire qui nous sollicite directement pour engager les procédures de labellisation. Dans ce cas-là, nous sommes d’autant plus enthousiastes.

Le second critère concerne les risques de dérives que nous identifions pour certaines de nos matières premières. La vanille par exemple est une plante qui subit les cours du marché financier mondial.En effet, le cours de la vanille s’effondre depuis quelques années. En ce sens, une labellisation équitable systématique permet de garantir à notre partenaire de un prix rémunérateur, loin des aléas du marché financier. Précisons qu’en ce moment, le cours mondial de la vanille s’effondre, alors que le travail de culture et de récolte reste le même. A terme, c’est bien 100% de nos produits et filières que nous souhaitons labelliser “équitable”, même si aujourd’hui cela représente déjà 35% de nos approvisionnements.

carte du monde provenance BP

En 2022, nous avons 17 filières labellisées commerce équitable.

Les grandes étapes de la labellisation “commerce équitable” : exemple du label Biopartenaire

Les exigences du label Biopartenaire avant de monter un projet

Biopartenaire est le label de commerce équitable que nous avons choisi pour une raison simple : il était le seul, à sa création, à réserver la labellisation aux entreprises du circuit spécialisé bio. En d’autres termes, seuls des produits issus de l’agriculture biologique peuvent prétendre apposer ce label. C’est une garantie supplémentaire pour nous de préserver l’environnement et la santé de nos partenaires. 

La seconde exigence concerne le fait que les producteurs doivent monter une structure de regroupement. Cela leur assure d’avoir suffisamment de poids dans les discussions avec les transformateurs (donc Arcadie). Ainsi, la labellisation d’un producteur travaillant seul n’est pas possible pour Biopartenaire. Cela fait sens pour nous puisque de ce regroupement naissent beaucoup de solidarité  et d’échanges florissants entre producteurs. 

Chez Arcadie, nous rajoutons une exigence : avoir déjà noué une relation de confiance avec les producteurs concernés. Nous attendons donc au minimum 2 ans avant de proposer la démarche de labellisation à un fournisseur.

Le calcul des coûts de production

C’est la première étape et ce n’est pas la plus aisée ! Le calcul des coûts de production permet de déterminer le prix plancher, c’est-à-dire le prix en-dessous duquel un producteur ne peut pas vendre le fruit de son travail. Ce calcul demande beaucoup de minutie puisque chaque coût est intégré : travail de la terre, semis, salaires, amortissements, manutention, etc. La plupart des producteurs ne font jamais ce travail, et peuvent avoir des surprises à l’issue de cette opération ! Une fois tout cela calculé et le regroupement de producteurs créé, le dossier d’éligibilité est déposé à Biopartenaire. 

Reunion Annuelle Producteurs Curcuma Madagascar

Le regroupement de producteurs malgaches de curcuma est une association où chacun vote pour les projets qu’il veut voir grandir.

Signature du contrat-cadre et audit Biopartenaire

Le contrat-cadre définit les engagements des parties prenantes : producteurs, regroupement de producteurs, opérateur de production. On y stipule les volumes et le prix de vente, la durée d’engagement, les fonds de développement, etc. 

Pour Biopartenaire, les contrats sont signés pour 3 ans minimum. Cela signifie que les producteurs ont une visibilité sur le volume acheté de leurs récoltes et leurs revenus pendant les trois prochaines années, ce qui est très important pour les investissements. 

Biopartenaire vient ensuite auditer l’opérateur de production et s’assure que le contrat cadre soit bien respecté. Il y a deux audits par an : interne (Biopartenaire) et externe (Ecocert). Concrètement, un agent vérifie chaque critère du cahier des charges FFL ou Fiable. S’il y a moins de 20% de non conformité, la certification est délivrée. S’il y en a plus, les partenaires doivent travailler ensemble pour lever ces erreurs et demander un nouvel audit avant de pouvoir afficher le label.

Contrat Biopartenaire Exemple

Exemple d’un contrat-cadre signé Biopartenaire.

Filière Nord/Nord et filière Nord/Sud : des enjeux différents !

De légères différences sur les cahiers des charges

Si le commerce équitable est avant tout connu pour améliorer la rémunération des producteurs dans les pays à faible niveau de vie, il existe aussi pour les pays à plus haut niveau de vie dans lesquels des prix d’achat rémunérateurs pour les producteurs ne sont pas garantis . Cependant, les exigences ne sont pas les mêmes. Si Biopartenaire ne fait aucune différence sur les exigences agronomiques liées à l’agriculture biologique (la bio de Madagascar est la même que celle de France car le cahier des charges Eurofeuille est le même pour tous), une vigilance accrue est appliquée sur les points suivants pour les partenariats “Nord/Sud” : 

  • Le respect du droit du travail : dans les pays lointains, les personnes travaillant sur les filières n’ont pas toujours les mêmes droits que les travailleurs français. Il y a une attention particulière portée sur ce point, qui dépend du droit international du travail. Ajoutons à cela une attention particulière portée sur la place des femmes. Sur nos filières de Madagascar, ce sont souvent les femmes qui effectuent les tâches agricoles les plus pénibles, et ce sont elles qui gèrent les fonds de développement. 
  • Le fonds de développement : pour les filières Nord/Nord, le fonds de développement correspond à 1% du montant total des achats. Il monte à 5% pour les filières Nord/Sud. En effet, les besoins en termes de conditions “basiques” de vie ne sont pas les mêmes : les producteurs malgaches manquent souvent de services de base, encore plus lorsqu’ils se trouvent dans des régions encore difficiles d’accès. Dans tous les cas, ce sont les producteurs qui gèrent eux-même ce fonds et choisissent les projets sur lesquels ils veulent investir cet argent. 

Pays du Nord : des agriculteurs au statut économique encore très précaire

Si les agriculteurs des pays “modernisés” vivent dans des conditions meilleures que la plupart de leurs homologues en pays étrangers, ils n’en restent pas moins une des catégories professionnelles les plus défavorisées, surtout lorsqu’on fait le rapport entre temps de travail et rémunération.

Le calcul fin des coûts de production et l’engagement pluriannuel remettent en quelque sorte les pendules à l’heure. Parfois, le prix final du produit augmente considérablement, mais en expliquant aux consommateurs les raisons de ce changement, ces derniers soutiennent la démarche en poursuivant l’achat.

Le fonds de développement est souvent utilisé pour des actions collectives comme des voyages d’études ou autres rencontres entre producteurs, très enrichissantes pour chacun.

La labellisation d’une filière en commerce équitable Biopartenaire demande beaucoup de temps car chaque acteur engagé dans cette démarche doit faire un travail de fond sur les coûts de production, mais aussi du fait de la condition de regroupement des producteurs en collectif. 

Les partenariats Nord-Sud permettent souvent une amélioration très nette des conditions de vie des communautés rurales partenaires, tandis que les partenariats “Nord/Nord” aident à consolider une activité agricole très fragile économiquement.

 En ce qui concerne Biopartenaire, la mention bio, la vente exclusive des produits en magasins 100% bio et des engagements sur les volumes et les prix minimum sur 3 ans ne sont pas négociables. C’est ce qui fait de ce label l’un des plus exigeants du marché, et ce pour quoi nous l’avons choisi depuis 2002 et nous participons fortement à son développement. 

Mégane Forestier

Auteur de l'article : Mégane Forestier

Communicante de formation & par passion, je suis à Arcadie pour faire rayonner la raison d’être et partager avec nos parties prenantes nos valeurs et nos engagements. Afficionada des technologies numériques, je mets mes compétences et mon exigence de transparence au service d’une entreprise engagée.

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cueillette du cynorrhodon
La cueillette du cynorrhodon : rencontre avec Medhi

Medhi Bozendorf est cueilleur de cynorrhodon à la SICARAPPAM, la coopérative de cueilleurs (et cultivateurs) du Massif Central avec laquelle nous travaillons pour bon nombre de PAM (plantes aromatiques et médicinales) depuis 1998. Cette filière est labellisée Biopartenaire, c’est-à-dire que – entre autres – nous sommes engagés sur une durée de 3 ans renouvelables avec des volumes et des prix fixés ensemble, en amont.

Portrait d’un cueilleur – et pas n’importe lequel ! – qui nous relate la cueillette de ce petit fruit rouge si précieux.

La cueillette du cynorrhodon : rencontre avec Medhi

Medhi Bozendorf, ou « Monsieur Cynorrhodon »

Medhi est Monsieur Cynorrhodon à la SICARAPPAM. Il s’est spécialisé dans cette cueillette et il est devenu le plus gros cueilleur de cynorrhodons de la SICARAPPAM, avec 400 kg de petits fruits frais cueillis chaque année, soit 200 kg une fois séchés.

Voilà 10 ans que Medhi exerce ce travail. Il a découvert la SICARAPPAM grâce à des collègues cueilleurs, et il a commencé avec l’aubépine, le frêne et le hêtre. Aujourd’hui, Medhi est aussi salarié sur une exploitation viticole, et il ne lui reste plus qu’un peu de temps en fin d’automne, pour récolter des plantes sauvages : cette période coïncide avec la cueillette du cynorrhodon.

« Je ne fais plus que ça, après les vendanges, et avant la reprise de l’activité de taille de la vigne. Ça permet d’arrondir mes fins de mois ! ».

Le cynorhodon, (faux) fruit de l’églantier

Cynorrhodon (ou cynorhodon avec un seul “r“, c’est ok aussi) est le drôle de nom du fruit d’un petit rosier sauvage, l’églantier, encore assez répandu dans nos campagnes. Cette baie rouge est aussi appelée “poils à gratter“ ou “gratte-cul“ à cause des poils irritants qu’elle contient.

le cynorrhodon, fruit de l'aglantier
Rosa canina, l’églantier sauvage et ses petits cynorrhodons Crédits Photo ©Max Beaufey

Le terme cynorrhodon désigne plus généralement les fruits de tous les rosiers (genre Rosa de la famille des Rosacées), mais dans notre cas on parle bien de l’églantier, le rosier sauvage.

Pourquoi parle-t-on de « faux » fruit ?

Botaniquement parlant, le fruit est issu du développement de l’organe sexué femelle de la plante (les carpelles) ; pour l’églantier, les “vrais-fruits“ sont les poils urticants (et la petite graine au bout) ; ici il y a un autre organe de la plante qui s’est développé suite à la fécondation : la base de la fleur (qu’on appelle réceptacle). C’est elle qui donne toute la partie charnue, rouge, comestible, de la baie. L’ensemble est appelé « faux-fruit ».

Une vraie gourmandise !

Le cynorrhodon est réputé riche en vitamines C et B.

Il se consomme en hiver, après les 1res gelées (c’est à ce stade qu’il devient pulpeux). Notre cueilleur Medhi s’en régale pendant toute sa cueillette : consommé immédiatement, au pied de l’arbre, c’est toujours meilleur ! On peut également en faire des confitures.

« C’est vraiment une gourmandise » relate Medhi, qui a trouvé sa technique : il presse le fruit entre 3 doigts et parvient à en extraire la pulpe délicieuse, sans les pépins.

« C’est comme un bonbon Arlequin acidulé ».

Chaque année au mois de novembre, Medhi profite de la cueillette pour se faire une cure vitaminée bienvenue !

Une récolte hivernale et piquante

Comme beaucoup de cueilleurs de la SICARAPPAM, Medhi cueille ses plantes autour de chez lui, dans le Massif-Central. Le cynorrhodon lui prend 30 à 40 jours, en novembre-décembre. Medhi attend que les fruits soient bien rouges, et c’est parti !

le cynorrhodon peut être récolté
Des fruits bien rouges ? L’heure de la cueillette a sonné pour Medhi ! Crédits Photo ©Max Beaufey

Son équipement ? Un sac à dos derrière, un petit panier de récolte devant, suspendu grâce à un harnais de débroussailleuse. Et une paire de lunettes :l’églantier est épineux, et la sécurité des yeux est primordiale pendant la cueillette.

Medhi cueille le cynorrhodon à la main
L’équipement du cueilleur de cynorrhodon : un panier à l’avant… Crédits Photo ©Max Beaufey
Medhi cueille le cynorrhodon avec peu de matériel
... un sac à dos à l’arrière... Crédits Photo ©Max Beaufey
Medhi cueille le cynorrhodon avec peu de matériel
... et la paire de lunettes indispensable pour protéger les yeux ! Crédits Photo ©Max Beaufey

En revanche, Medhi ne porte pas de gants ; ceux-ci lui éviteraient les 20 à 30 min passées chaque soir à se retirer les épines des mains, mais « avec des gants, on n’a pas le toucher nécessaire», explique-t-il.

« Je cueille une dizaine de cynorrhodons que je cale dans le creux de chaque main, avant de les vider dans le panier, ça m’évite des allers-retours incessants entre l’arbuste et le panier ; avec des gants, ce serait impossible ».

Medhi cueille le cynorrhodon à la main
La cueillette de cynorrhodons nécessite un doigté fin ; avec des gants, c’est trop compliqué. Crédits Photo ©Max Beaufey

Medhi cueille entre 25 et 30 kg de baies fraîches chaque jour. Son panier en contient 3 à 3,5 kg une fois plein, puis est vidé dans le sac à dos. Et quand le sac à dos est plein à son tour (2 paniers suffisent !), il est temps de retourner à la voiture pour remplir un sac plus gros encore.

medhi met le cynorrhodon dans un sac pour l'apporter chez lui
Retour à la voiture pour vider le petit panier de récolte dans un plus gros sac. Crédits Photo ©Max Beaufey

Chaque soir la récolte est étalée dans son séchoir (voir plus bas). Et rebelote le lendemain !

Bien choisir ses sites, bien choisir ses fruits…

Pour trouver des sites préservés, « on a un œil qui cherche » dit Medhi ; tous les cueilleurs développent cette capacité à toujours être à l'affût, même inconsciemment, et repérer les zones les plus propices pour leurs futures cueillettes.

Les cueilleurs ont toujours “un oeil qui cherche !
Les cueilleurs ont toujours “un oeil qui cherche ! Crédits Photo ©Max Beaufey

Ensuite, comme pour toutes les récoltes sauvages, les organismes certificateurs de l’agriculture biologique demandent avant cueillette la position GPS de tous les sites identifiés ; ceux-ci ne peuvent être au bord d’une voie ferrée, d’une autoroute. Chaque année, quelques sites sont contrôlés au hasard ; en plus des informations disponibles sur les cartes topographiques, le contrôleur vient vérifier sur le terrain qu’il n’y a pas sur site ou à proximité une source de pollution potentielle.

Le choix des fruits ? « Il y a plusieurs variétés, explique Medhi.

Je trouve des fruits parfois très allongés, d’autres fois des gros, ou des très petits. Je choisis ceux qui paraissent bien fournis, visuellement. Plus les fruits sont gros, plus je peux remplir vite mon panier ! Mais le plus important, c’est la couleur : je ne commence la cueillette que lorsque les fruits sont bien rouges ».

Dans le panier du cueilleur : une sélection des fruits les plus charnus rencontrés
Dans le panier du cueilleur : une sélection des fruits les plus charnus rencontrés Crédits Photo ©Max Beaufey

Après la récolte, séchage chez le cueilleur…

Le séchage fait partie intégrante du travail du cueilleur, et chaque cueilleur a son propre séchoir. Medhi a construit le sien sur un ancien châssis de caravane, et en est plutôt satisfait. A tel point qu’on lui envoie parfois de futurs postulants-cueilleurs qui veulent s’équiper, pour qu’ils voient son installation.

Chaque soir, Medhi étale sa récolte du jour dans des cagettes, mises au séchoir, mais la ventilation proprement dite ne sera déclenchée qu’au bout du 10e jour, pour économiser quelques jours où le séchage “naturel“, sans ventilation électrique ni réchauffeur suffit.

Au 10e jour, en plus de  la ventilation de l’air, un système de chauffage monte la température à 28°C ; c’est un maximum : au-delà, les baies risquent de noircir.

Le choix des fruits ? « Il y a plusieurs variétés, explique Medhi.

Je trouve des fruits parfois très allongés, d’autres fois des gros, ou des très petits. Je choisis ceux qui paraissent bien fournis, visuellement. Plus les fruits sont gros, plus je peux remplir vite mon panier ! Mais le plus important, c’est la couleur : je ne commence la cueillette que lorsque les fruits sont bien rouges ».

De retour chez lui, Medhi étale les fruits dans des cagettes”
De retour chez lui, Medhi étale les fruits dans des cagettes Crédits Photo ©Max Beaufey
Puis il les met au séchoir : un caisson ventilé
Puis il les met au séchoir : un caisson ventilé Crédits Photo ©Max Beaufey

Le séchoir va ensuite tourner en continu pendant environ 40 jours, jusqu’à ce que la dernière récolte de cynorhodon soit bien sèche, soit environ 20 jours après.

Je sais que les fruits sont bien secs quand ils sont bien durs, et cassent si je les presse entre mes doigts.

Les fruits secs seront livrés à la SICARAPPAM.

Les fruits après séchage
Les fruits après séchage Crédits Photo ©Max Beaufey

Chaque cueilleur s’engage sur une certaine quantité. Cette année 2021, les cynorhodons se sont faits plus rares ; était-ce le résultat des gelées tardives de printemps ? Medhi s’était engagé sur 200 kg en sec, et il a tout de même pu en livrer 188 kg à l’automne 2021, mais c'était un défi. Début décembre, il devait reprendre la taille de la vigne, sa “saison“ de cueillette était déjà terminée, et son objectif atteint !

… enfin, mondage, calibrage puis mise en sac à la SICARAPPAM !

Les cynorrhodons secs livrés à la coopérative par les cueilleurs sont passés à la mondeuse pour enlever les petites feuilles, les petites brindilles ou autres débris et corps étranger.

Ils passent ensuite au “sasseur“ pour être calibrés, puis mis en sacs. Ils sont alors prêts à être distribués chez les différents utilisateurs, dont Arcadie.

ensemble convoyeur-mondeuse-sasseur
Les outils utilisés à la SICARAPPAM après séchage et livraison par les cueilleurs : un convoyeur (rouge et gris) fait monter la récolte, qui descend ensuite dans la mondeuse (vert foncé) puis passe dans le sasseur (vert clair). Crédit photo ©SICARAPPAM
mondeuse
La mondeuse, aussi appelée Effeuilleuse par soufflerie, ou encore Séparateur pneumatique, permet de séparer les éléments légers des éléments plus lourds grâce à un système de ventilation ; pour les cynorrhodons, cela permet de retirer les éventuelles feuilles (légères) mélangées aux fruits (plus lourds) Crédit photo ©SICARAPPAM
sasseur
Le sasseur, ou “trieur”, ou “crible” permet de calibrer la récolte, via des tamis successifs ; dans le cas du cynorrhodon, les trop petites baies, graines et baies cassées sont ainsi mises de côté, ainsi que d’autres indésirables éventuels Crédit photo ©SICARAPPAM

Et côté Arcadie / L’Herbier de France ?

Préparé en décoction, il apporte une touche acidulée très appréciable à votre tisane.

Vous pouvez aussi le réhydrater en le faisant tremper dans de l’eau pendant 48h pour le savourer tel quel.

Rien ne vaut le cynorrhodon frais, mais pour en profiter toute l’année, le séchage est précieux !

Arcadie a besoin de 400 kg de cynorrhodon (poids sec !) chaque année, et s’approvisionne exclusivement à la SICARAPPAM.

Sauf en 2021 qui a été un peu particulière (une année où les besoins en « vitalité » ont été sur-multipliés ?) : les besoins sont montés à 500 kg et Arcadie a dû trouver exceptionnellement un complément chez un autre fournisseur (français).

Le cynorrhodon se retrouve dans 2 produits L’Herbier de France. Il constitue 30% du mélange “Vitalité“ sous forme de morceaux, dans lequel il rejoint l’hibiscus, le cassis et le thym. Et il peut être consommé en “pur“ en fruits entiers.

Place du cynorrhodon à la SICARAPPAM

A la SICARAPPAM, une vingtaine de cueilleurs s’est engagée sur du cynorrhodon en 2021, destiné à l’herboristerie ou à la cosmétique. Ce cynorrhodon est proposé sous deux formes : en baie entière (c’est ce qu’achète Arcadie pour ses tisanes) et en baie éclatée : sans les graines et les poils contenus à l’intérieur.

Seul Medhi est “mono plante“, la plupart des autres cueilleurs réalisent leur chiffre d’affaires avec des plantes récoltées surtout au printemps-été voire début d’automne.

En 2019 et 2020, les besoins de la SICARAPPAM n’étaient pas suffisants pour que cela soit intéressant pour Medhi : il n’a pas cueilli. Entre le coût de la certification bio, le temps passé, et le coût de fonctionnement du séchoir, Medhi ne cueille que pour un minimum de volume…

En 2021, la demande a augmenté (la SICARAPPAM avait besoin d’environ 850 kg de baies sèches), et Medhi a repris sa cueillette, s’engageant pour 200kg.

Puisse cet article vous permettre de vous relier à Medhi, et à ses collègues, au moment de savourer cette précieuse petite baie rouge, au goût acidulé. Et de vous relier aussi aux grands espaces de nature parcourus par Medhi pour cueillir les baies.

« Je viens des Ardennes, un pays de nature, et je suis plutôt un solitaire. Passer des journées seul à cueillir, en pleine nature, est globalement un grand plaisir pour moi, d’autant plus que ça me procure un complément de revenu appréciable. En revanche, c’est beaucoup moins drôle quand il pleut, qu’il fait très froid… ou quand je ne trouve pas ce que je veux. Quand je rentre d’une journée sans avoir pu cueillir autant que je le voulais, c’est plus difficile ! »

Au-delà de sa richesse nutritionnelle, la précieuse petite baie rouge porte toute cette histoire, toute cette nature, l’histoire des cueilleurs, et la nature du Massif Central.

églantier à l'état sauvage
Des grands espaces de nature autour de Medhi, cueilleur de cynorrhodons Crédits Photo ©Max Beaufey

Auteure de l'article : Cécile Defèche

Agronome de formation, je suis responsable de la ferme d'Arcadie qui englobe l'activité agricole sur les plantes aromatiques et médicinales et la gestion des espaces de "terre libre" autour des bâtiments industriels. Pas peu fière de travailler dans une entreprise qui prend autant soin de la terre (la Terre) et de la vie... Ma casquette de communicante me permet aussi de vous informer, de la manière la plus transparente possible, des belles avancées d'Arcadie et de ses partenaires... (et quand il y en a, aussi des bugs de passage). Célébrer la beauté du monde, la vie et... la préserver !!

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cueillette gentiane
Nov 04, 2021 cdefeche 0 comments
Philippe et la Fée Jaune : rencontre avec un gentianaire

Nous sommes dans les estives du Massif Central. De grands espaces herbagers de moyenne montagne vers 1200 à 1300 mètres d’altitude où paissent les bovins durant l’été.
Philippe Vanoosthuyse y travaille de l’été à l’automne. Philippe est éleveur ?
Non il est gentianaire (cueilleur de racines de gentiane) pour la SICARAPPAM une coopérative agricole avec laquelle Arcadie travaille.

 

La Fée jaune ou Gentiana Lutea

cueillette gentiane
Philippe Vanoosthuyse, “gentianaire” pour la SICARAPPAM, parcourt les estives du Massif Central pour récolter - avec soin - la “Fée Jaune”, à l’aide de sa “fourche du diable ©Photos Max Beaufey

La Fée jaune comme elle est surnommée ici est la grande gentiane ou Gentiana lutea de son petit nom scientifique. Ses racines sont réputées depuis l’Antiquité pour leurs vertus digestives, toniques et apéritives. Dans le Massif Central, la grande gentiane se plaît sur les terrains volcaniques (sols acides). Elle affectionne l’altitude et a besoin d’une pluviométrie importante.

La récolte des racines de gentiane, un travail difficile

Philippe explique :

C’est un métier de labeur qui demande une bonne condition physique et où il faut être endurant : il faut planter la fourche du diable [l’outil de récolte du gentianaire] dans la terre et s’arc bouter sur le long manche de métal pour faire levier afin d’extraire les racines enfouies dans le sol. Plus les feuilles de la plante (partie externe) sont denses plus les racines seront grosses. C’est la promesse d’une belle récolte pour le gentianaire !

planté de la fourche du diable cueillette gentiane
Une fois le pied adéquat trouvé, il faut manier la lourde “fourche du diable”... ©Photos Max Beaufey
planté de la fourche du diable cueillette gentiane
cueillette gentiane
… puis dégager le pied et les racines.
cueillette gentiane

Une fois l’arrachage terminé, Philippe veille à reboucher les trous afin de ne pas endommager prairies et pâturages. Il nettoie ensuite les racines sur place : à l’aide d’un couteau il retire patiemment le plus de terre possible et coupe les bourgeons.

nettoyage racine gentiane après cueillette
Nettoyage des racines : le plus gros de la terre est soigneusement retiré et les bourgeons coupés. ©Photos Max Beaufey

La récolte est mise en sac de toile de jute : cette matière assure l’aération des racines afin d’éviter toute fermentation. Les sacs sont pesés avant d’être regroupés sur le chantier, protégés des vaches trop curieuses qui pourraient souiller la récolte avec quelques bouses.

racines de gentiane transportées dans des sacs en jute pour la respiration
Philippe met les racines en sac de toile de jute, cette matière permettant de laisser les racines respirer. Il faut avoir les épaules costaudes, pour supporter et les sacs pleins de racines (et d’un peu de terre humide) et la fourche du diable ! ©Photos Max Beaufey

« En une journée je peux arracher entre 150 et 200 kilos de racines. En une semaine la récolte avoisine 1 tonne » raconte Philippe.

L’arrachage de la gentiane est réglementé : le propriétaire des lieux est contacté par les cueilleurs afin d’obtenir son autorisation et il sera rétribué pour chaque kilo de gentiane arraché.

La Gentiane : une ressource à préserver

Philippe connaît bien sa Fée jaune.

« La gentiane est une grand-mère dont la durée de vie est de 50 à 60 ans. C’est une plante vivace et robuste qui peut être récoltée lorsqu’elle atteint 20 à 25 ans de vie. Afin de préserver la ressource, le cueilleur doit laisser les jeunes plants en terre pour qu’ils atteignent leur maturité. C’est tout un savoir-faire et une conscience écologique que souhaite transmettre notre coopérative. »

L’après récolte

La précieuse racine peut être vendue directement en frais, ou en sec. Plusieurs étapes sont alors nécessaires : séchage, calibrage, tri. Les racines de gentiane sèchent naturellement, étalées au sol sous serre, durant l’été, pendant trois ou quatre semaines. Elles sont ensuite calibrées au sasseur (sorte de tamis) pour les séparer des radicelles. Enfin un passage au souffleur permet de compléter le dépoussiérage.

racines de gentiane mises à sécehr sous serre
Les racines sont étalées au sol, ici sous une grande serre à la SICARAPPAM, et sèchent naturellement. ©Photos Max Beaufey
racinesd e gentiane sèches
Racines sèches de gentiane

Les racines les plus grosses sont conditionnées en sac de 25 kilos et le restant (radicelles) est destiné à la transformation.

Philippe un gentianaire expérimenté

Depuis 20 ans, Philippe cueille des plantes pour la SICARAPPAM. Il produit essentiellement en été et à l’automne le bouleau, le framboisier, la gentiane et le frêne.

« À la SICARAPPAM j’ai commencé avec la gentiane et la décoration de noël, raconte-t-il. C’était à l’époque une activité de fin de saison. Il s’agissait de cueillir des branchages de bouleau servant à la décoration. Cela a duré 15 ans puis la concurrence des pays de l’est a pris le pas sur le marché de la déco. »

« J’ai un BEP agriculture / élevage. Je suis un homme d’extérieur, un inconditionnel de la nature doté d’un fort caractère d’indépendant et j’apprécie cette liberté choisie en tant qu’homme libre et responsable. J’organise mon travail comme je l’entends même si évidemment il y a toujours des comptes à rendre et des contraintes. »

À la question : peut-on vivre de ce métier ? Il répond sans ambages :

« Lorsque l’on fait le ratio entre le temps passé et l’énergie dépensée le gain est faible. Mais il s’agit d’un choix : c’est un métier passion. »

témoignage cueilleur de gentiane
Ce métier prend du temps… et de l’énergie ! “Mais il s’agit d’un choix : c’est un métier passion” témoigne Philippe Vanoosthuyse Formation cueillette sauvage ©Photos MAx Beaufey

« J’ai la chance de pouvoir intervenir dans un Centre de Formation Professionnel Agricole près de Clermont Ferrand pour la filière “Cueillette et culture“. Mon public se compose de jeunes élèves mais aussi d’adultes en reconversion professionnelle. Depuis plus de dix ans je leur transmets un savoir-faire et un savoir-être. Un certain nombre d’entre eux sont d’ailleurs devenus adhérents de la SICARAPPAM. C’est pour moi une entière reconnaissance. »

La commercialisation de la gentiane

Les clients de la SICARAPPAM sont pour l’essentiel des laboratoires pharmaceutiques mais également des distillateurs d’eau de vie.

Arcadie est en contrat Biopartenaire® (commerce équitable) avec la coopérative depuis 2009 (le début du partenariat remonte à 1998). Elle s’engage dans la durée sur des prix et des quantités définies avec l’ensemble des producteurs. L’objectif étant que les producteurs cueilleurs puissent vivre de leur métier avec une juste valorisation de leur travail.

À Arcadie vous retrouverez les racines de gentiane récoltées par Philippe et ses collègues dans les sachets « L’Herbier de France ».

Gentiane L'Herbier De France Bio Equitable Biopartenaire Origine France

Comme pour toutes les racines, plus coriaces que les feuilles, vous pouvez les laisser bouillir (2 grammes par tasse) quelques minutes avant dégustation.

Auteure de l'article : Cécile Defèche

Agronome de formation, je suis responsable de la ferme d'Arcadie qui englobe l'activité agricole sur les plantes aromatiques et médicinales et la gestion des espaces de "terre libre" autour des bâtiments industriels. Pas peu fière de travailler dans une entreprise qui prend autant soin de la terre (la Terre) et de la vie... Ma casquette de communicante me permet aussi de vous informer, de la manière la plus transparente possible, des belles avancées d'Arcadie et de ses partenaires... (et quand il y en a, aussi des bugs de passage). Célébrer la beauté du monde, la vie et... la préserver !!

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Précieuses feuilles de vigne rouge

C’est la saison : les feuilles de vigne virent au jaune, orange, voire rouge vif... La vigne se prépare au repos hivernal, et le cueilleur, lui, s’active ! Pour Arcadie, les feuilles de vigne rouge sont récoltées par les cueilleurs de la SICARAPPAM, coopérative du Massif Central. Au début de l’automne, ces cueilleurs descendent dans le sud pour trouver des parcelles qui leur conviennent. Et commence cette belle aventure qu’est la production de feuilles de vigne rouge…
Retour de nos échanges avec un cueilleur de la SICARAPPAM, et partage d’expérience sur les terres d’Arcadie.

Précieuses feuilles de vigne rouge

Trouver les vignes… et les viticulteurs

Toutes les vignes ne conviennent pas : les cueilleurs recherchent d’abord celles aux cépages dits “teinturiers“, riches en anthocyanes, responsables de cette couleur rouge.
Le cépage Alicante est le 1er en lice. D’autre cépages, non teinturiers, peuvent, selon les années, prendre des nuances de rouge des plus intenses, et convenir eux aussi : le Carignan, l’Aubin notamment.

VIGNE ROUGE
Le cépage teinturier se démarque nettement des autres parcelles alentour ©photo Max Beaufey

Une fois la parcelle repérée (en bio bien sûr), les cueilleurs de la SICARAPPAM doivent trouver son propriétaire. Et s’arranger avec lui. Le lien avec le viticulteur est essentiel. La plupart du temps, une fois la récolte de raisin terminé, celui-ci est plutôt focus sur ses vinifications, et laisse le cueilleur – qui se montre respectueux - récolter les feuilles de vigne. Et puis entre cueilleurs du Massif Central et viticulteurs, la convivialité aux notes gastronomiques (bien françaises) renforce les liens.

 " En signe de reconnaissance, on achète du vin et on descend du fromage ! "raconte un cueilleur.

Récolter

Tout est récolté manuellement : sarment (rameau) par sarment, les cueilleurs tirent de la base à l’extrémité pour avoir toutes les feuilles, pétioles (queues de la feuille) compris.

vigne rouge
Thibaut Marty, cueilleur de la SICARAPPAM, tire tout le long du sarment pour en récupérer toutes les feuilles, pétioles compris. ©Photos Max Beaufey

Une fois les feuilles cueillies, elles peuvent attendre, étalées sur une bâche, entre 2 et 3 jours maximum. (La feuille de vigne, assez coriace, peut se permettre d’attendre un peu sans risquer de moisir) Ce n’est pas le cas de l’ail des ours par ex, gorgé d’eau, qu’il faut traiter immédiatement après cueillette.

Ensuite les cueilleurs doivent remonter chez eux s’en occuper au plus vite.

vignerouge sur bâche après récolte
Les feuilles de vigne sont temporairement étalées sur une bâche au fur et à mesure de la récolte ©Photos Max Beaufey lors d'une rencontre avec les cueilleurs

La récolte est très aléatoire, et dépendante de la météo :

« Certaines années, les parcelles sont superbes et annoncent une très belle récolte. Mais il suffit qu’il pleuve au mauvais moment et les feuilles noircissent presque immédiatement : elles ne sont plus récoltables ! En 2019, les parcelles étaient magnifiques. Avec un collègue, on en a récolté 800 kg, mais fin octobre un gros orage a fait noircir les feuilles en 2 jours. Alors qu’on aurait pu récolter le double ! » explique un cueilleur.

La période de récolte est elle-aussi variable. C’est le froid qui fait rougir les feuilles. Plus les périodes de froid arrivent tôt dans la saison, plus la feuille de vigne va être prête à récolter tôt… et ensuite, la pluie va décider de la durée de vie de ces feuilles rouges !

Hacher, sécher, monder ! Où il est question de qualité

De retour dans le Massif Central, les feuilles cueillies avec leurs pétioles sont passées au hache paille (coupées en morceaux) puis mises au séchoir. Ces deux étapes sont réalisées chez les cueilleurs.

Arcadie a certains critères de qualité pour ses feuilles de vigne rouge : celles-ci doivent être aux 2/3 rouges et max 1/3 vertes ; sans pétiole ni tige. D’où la dernière étape du processus, qui se passe, elle, à la SICA : le passage à la mondeuse. Celle-ci trie le produit sec, avec d’un côté les bouts de feuilles et rien qu’eux, de l’autre les morceaux de pétioles, tiges, et quelques feuilles.

Le premier produit, les feuilles, est la qualité « Herbo ». Elle répond au cahier des charges d’Arcadie, à qui elle est destinée, et où elle est valorisée Commerce Equitable Biopartenaire®. C’est cette qualité que vous retrouvez dans les sachets de feuilles de vigne rouge L’Herbier de France.

Vigne Rouge Feuilles L'Herbier De France Bio Commerce Equitable Biopartenaire Origine France
Vigne Rouge Feuilles L'Herbier De France Bio Commerce Equitable Biopartenaire Origine France

Le reste (feuilles restantes, pétioles, sarments) est valorisé auprès d’autres acheteurs pour des mélanges pour des infusettes par ex.

Sur les terres d’Arcadie

vigne rouge Alicante
La vigne rouge Alicante de la ferme d’Arcadie se découpe nettement en octobre sur fond de Cévennes… ©Photos Cécile Defèche

Sur les terres d’Arcadie, nous avons 1 ha de vigne rouge sur 2 parcelles. Cépage Alicante, plantée en 2011, pour l’expérimentation de la production de feuilles. Nous n’avons pas toujours eu le temps nécessaire de nous occuper des parcelles comme il aurait fallu, et ce n’a pas toujours été évident de gérer une culture dont nous valorisons les “sous-produits“ : la vigne domestique reste avant tout une plante cultivée pour ses raisins ! Comment trouver un juste équilibre entre production de raisin et de feuilles ? Quel mode de taille pour favoriser les feuilles ? Quelle rentabilité d’une telle opération ? Quelles interventions sont les plus appropriées pour l’équilibre de la vigne à long terme ? Des questions qu’on continue à se poser aujourd’hui !

Cette vigne nous a également permis de produire du jus d’un rouge violine puissant, qui a d’abord régalé les Arcadiens (aussi en des vendanges joyeuses !), puis vendu dans une petite épicerie bio locale. Du pur jus Alicante, ça ne court pas les rues !

Nous avons également expérimenté un mode de récolte différent de celui de la SICARAPPAM, avec un tri réalisé directement à la parcelle : seules les belles feuilles sont récoltées (ce qui permet aussi de ne pas effeuiller toute la vigne), sans pétiole, et vont ensuite directement au séchoir sans autre intervention. Dans les locaux de transformation d’Arcadie, ces feuilles entières seront plus tard recoupées à un calibre optimal, avant d’être conditionnées dans les sachets Herbier de France.

vigne rouge au séchage
Les feuilles rouges de la ferme d’Arcadie, triées au champ, sont mises telles qu’elles au séchoir et ne subiront pas d’autre opération si ce n’est une découpe pour calibrage dans les locaux d’Arcadie, avant conditionnement ©Photo Cécile Defèche

D’autres essais devraient voir le jour pour la suite : une de nos parcelles a été plantée avec des écartements très importants entre les rangs. A l’époque, ces entre-rangs ont pu accueillir une culture de thym. Cette culture de thym a pris fin il y a 4 ans, la terre laissée au repos, et le projet de remettre ces inter-rangs en culture revient. Pour de nouvelles observations en perspectives : sur une telle association en agroforesterie, quelles sont les interactions entre la vigne et la plante aromatique voisine ? Quels avantages, quels inconvénients ? comment faire pour que les interventions sur une des cultures (par ex. les traitements – bio - sur vigne) n’entravent pas la qualité de l’autre ?

vigne rouge agroforesterie
La vigne de la ferme a été plantée avec de très larges inter-rangs où a été cultivé du thym. Après un temps de repos, une autre culture devrait suivre ; on parle déjà d’association en agroforesterie ©Photo Cécile Defèche

Pour finir, retournons voir nos partenaires de la SICARAPPAM : après la vigne rouge, la saison des cueillettes n’est pas encore finie : viennent ensuite celles de joubarbe (cherchez pas, c’est pas pour Arcadie, on n’en a pas au catalogue), de thym et de gentiane, avant le repos hivernal bien mérité !

Auteure de l'article : Cécile Defèche

Agronome de formation, je suis responsable de la ferme d’Arcadie qui englobe l’activité agricole sur les plantes aromatiques et médicinales et la gestion des espaces de “terre libre” autour des bâtiments industriels. Pas peu fière de travailler dans une entreprise qui prend autant soin de la terre (la Terre) et de la vie… Ma casquette de communicante me permet aussi de vous informer, de la manière la plus transparente possible, des belles avancées d’Arcadie et de ses partenaires… (et quand il y en a, aussi des bugs de passage). Célébrer la beauté du monde, la vie et… la préserver !!

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Romarin Ferme Arcadie Vue générale
Mar 12, 2021 cdefeche 1 comment
[Les Pieds dans la Terre] La Ferme d’Arcadie

Arcadie entretient 17 ha de terres à St Etienne de l’Olm : 7 ha de bois, haies, chemin, et 10 ha de terres cultivables, dont 4 sont cultivés aujourd’hui. Yoachim et Stéphan y cultivent des plantes aromatiques et médicinales destinées à l’herboristerie (plantes sèches pour tisanes) : romarin, origan, sarriette, thym, vigne rouge (pour la feuille)… mais aussi un peu de sauge, de laurier sauce… à l’essai… Zoom sur cette ferme un peu particulière…

 

`{`Les Pieds dans la Terre`}` La Ferme d'Arcadie

Une ferme créée pour relancer la production régionale

En 2010, Arcadie parvient à acquérir des terres agricoles non loin de son site industriel : la ferme d’Arcadie était née, et renouait avec l’impulsion 1re de ses fondateurs, Bernard et Dominique Kimmel, qui ont d’abord été cultivateurs. Elle a servi, pendant 10 ans, à redynamiser la filière régionale de producteurs de plantes aromatiques et médicinales (PAM) : ce métier était en déclin, alors que la demande pour ces plantes, produites localement, était bien là. Via la ferme d’Arcadie, les agriculteurs locaux avaient un exemple de culture de PAM sous les yeux, et pouvaient avoir accès à du matériel post-récolte cher à l’investissement (séchoirs, batteuses et trieuses - machines pour séparer les feuilles des tiges et autres éléments indésirables). Aujourd’hui, les producteurs régionaux sont plus nombreux, organisés et la ferme est devenue essentiellement un lieu d’expérimentation, de valorisation de la biodiversité et d’une manière générale un espace rural précieux.

Et aujourd’hui ? Expérimentations agronomiques…

Plusieurs expérimentations sont en cours :

  • Des apports de compost, les effets des engrais dits « verts » dans les cultures… tout ce qui peut permettre de redonner une fertilité naturelle à des terres plutôt pauvres et/ou fatiguées par les cultures antérieures.
Equipe de la Ferme d'Arcadie
De gauche à droite, Stéphan Deffernez, Yoachim Gruzelle et Cécile Defèche, les coéquipiers de la ferme d’Arcadie, sur une parcelle de sarriette en cours de plantation, automne 2020. Cette parcelle sert de support à des essais autour d’apports sur la matière organique (compost, BRF, engrais verts…)
Essais culture ferme Arcadie
Ladite parcelle expérimentale de sarriette en cours de plantation manuelle, octobre 2020. Sur ces gros chantiers, la ferme offre aux autres Arcadiens la possibilité de venir goûter un peu au travail agricole et se relier aux plantes commercialisées. La partie centrale, en cours de plantation, est plus noire : elle a reçu du compost avant plantation, contrairement à sa voisine en dessous
  • Le compostage de matières issues de l’industrie agroalimentaire : les déchets de poudres d’épices et plantes sèches d’Arcadie ont été mélangés à des déchets verts, afin d’obtenir un compost de qualité, répondant aux normes de l’agriculture biologique, d’ici 6 mois… Affaire à suivre !
  • L’agroforesterie : il s’agit d’associer des arbres aux cultures de plantes aromatiques. Le projet est en cours de construction… Il peut être une réelle voie d’avenir vis-à-vis des changements climatiques en cours et à venir. Plantation d’arbres au programme ! Pour en savoir plus : https://arbraromatix.projet-agroforesterie.net
amandiers agroforesterie ferme arcadie
Des lignes d’amandiers ont été plantées en bordure de parcelle (ici de l’origan) en 2017, déjà dans l’idée d’introduire des systèmes agroforestiers. Aujourd’hui le projet va plus loin grâce au concours d’Agroof, bureau d’étude spécialisé sur le sujet et très actif dans la région. Une parcelle expérimentale sera mise en place à l’automne prochain.
  • Non contents de suivre les règles de l’agriculture biologique, nous introduisons l’agriculture biodynamique sur les terres : des préparats à base de minéral, végétal et matières animales devraient nous aider à revivifier les terres d’une manière très globale. Leur utilisation a déjà commencé sur le compost, le reste est à venir. Un article spécifique à l’agriculture biodynamique sur la ferme d’Arcadie sortira bientôt !
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Le compost à l’essai sur les terres de la ferme. Après avoir reçu des préparats biodynamiques pour accompagner le processus, le tas est couvert et restera un certain temps à maturer… Février 2021

… et sauvegarde de la biodiversité

En plus de ces aspects agricoles (et donc paysagers), la ferme d’Arcadie développe un certain nombre de projets en faveur de la biodiversité et du soin à l’environnement. Les projets agricoles cités vont déjà dans ce sens. En plus : tout un travail autour de la faune sauvage, et notamment des oiseaux. Un partenariat avec le Centre Ornithologique du Gard (CoGard) a commencé. En janvier-février, le CoGard et Arcadie ont fabriqué et posé 20 nichoirs sur le site de la ferme à St Etienne de l’Olm et sur le site industriel de Méjannes-les-Alès dans le cadre de leur programme "Nichoirs et Biodiversité". Installation d’un perchoir à rapace, réalisation d’une petite mare, dégagement des anciens murets de pierre soutenant les terrasses, entretien et plantations de haies, entretien des chemins, sont autant de travaux d’aménagement qui ont été et vont continuer à être réalisés sur ces terres.

Des visiteurs à La Ferme d'Arcadie
Des visiteurs à la ferme, au pied d’un grand chêne dégagé des broussailles et mis en valeur comme il se doit. Janvier 2021.

Auteure de l'article : Cécile Defèche

Agronome de formation, je suis responsable de la ferme d'Arcadie qui englobe l'activité agricole sur les plantes aromatiques et médicinales et la gestion des espaces de "terre libre" autour des bâtiments industriels. Pas peu fière de travailler dans une entreprise qui prend autant soin de la terre (la Terre) et de la vie... Ma casquette de communicante me permet aussi de vous informer, de la manière la plus transparente possible, des belles avancées d'Arcadie et de ses partenaires... (et quand il y en a, aussi des bugs de passage). Célébrer la beauté du monde, la vie et... la préserver !!

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Geneviève David face à ses cultures de thym
Portrait d’un producteur local : Geneviève David, adhérente de l’association Bio Garrigue Méditerranée



Origan, thym, sarriette, romarin : ces 4 plantes aromatiques et médicinales (PAM) sont bien connues de nos régions du sud de la France. Le thym et le romarin sont par ailleurs très prisés en ces périodes hivernales. Parmi nos producteurs de la filière dite « régionale », petite visite chez Geneviève David, dans le Tarn. […]

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